Les Bois Rouges

Publié le par Groupe Bellon


Les bois rouges

 


A cette époque, les grandes joies des enfants sembleraient aujourd’hui bien simplettes face  aux consoles de jeux, lecteurs MP3 et autre Disney Land.

Il arrivait, qu’en été, lorsque ma sœur et moi avions été « bien sages », si le soleil était au rendez vous, si la voiture, une vieille Alsace V8 avec une cigogne sur le bouchon du radiateur, n’était pas en panne, si ma mère n’avait pas à finir pour lundi quelques chapeaux d’une cliente pressée qui ne le porterait en fait qu’à la Messe du dimanche suivant, si les finances de la famille permettait de mettre l’essence nécessaire au déplacement, car elle consommait beaucoup cette « Rosalie », moins d’essence que d’eau mais cette dernière était gratuite,  nous partions pour un pique-nique dans la Forêt d’Hesdin.

En route, « la famille » (ma Mère, mon Père, ma Grand-mère, notre Tante et Rip le chien) attirait notre attention sur les merveilles que nous pouvions découvrir de part et d’autre du bolide. Là, un champ de marguerites, ici, un champ coquelicots, çà et la, des parterres naturels de bleuets, marguerites et coquelicots qui emplissaient l’habitacle d’une ambiance toute patriotique ;  les souvenirs des aventures de la « dernière guerre » encore très présents occupaient le reste du parcours ainsi qu’un « arrêt-pipi-où-qu’on-peut-cueuillir-des-fleurs ».

Très vite le pique-nique s’organisait. La table en lattes de bois vite dressée se couvrait de pain, de pâté fait maison tout comme la macédoine de légumes dont le goût toujours inégalé à ce jour avait vite fait de rassasier la compagnie. Mon père avait déniché des « pliants » en fil de fer qui défiaient en permanence les lois de la mécanique, de la pesanteur et celles de l’équilibre réunies ; ils faisaient sa fierté et attiraient les commentaires et les questions des promeneurs

Le repas terminé, ma sœur partait à la recherche de  toutes sortes de fleurs qu’elle cueillait comme si elle ramassait des Louis d’or. De mon coté je partais en quête  d’aventures imaginaires à travers les  taillis, les fougères et les ronces pour rejoindre une petite clairière où je savais trouver quelques coudriers dont les branches sont les meilleurs pour tailler épées, arcs et flèches. Pour ce faire j’utilisais un petit canif à deux lames emmanchées de plastique rouge où était incrustée une croix blanche. Mon oncle André m’avait appris comment couper une branche sans massacrer  le buisson en pliant juste ce qu’il faut le gourmant choisi et en le sectionnant d’une successions de coupures en forme de V. La ficelle prévue de longue date  était mise à dimension ; la longueur de l’arc moins trois largeur de mes petites mains d’alors, deux encoches du même coté de la branche retenaient la corde à sa place. Les flèches taillées dans le même « métal »  n’avaient pas de plumes mais je prenais soin de faire l’encoche pour  la corde sur leur côté le plus mince. Elles étaient ainsi bien équilibrées et partaient en suivant une jolie trajectoire.

Des « AAAAlain » vaguement anxieux, suivi de « ont s’ennnn vaaaa ! »  Mettaient fin à une guerre qui aurait pu durer cent ans. Le retour un peu mélancolique n’était supportable qu’à cause de l’espoir de revenir. Maman m’expliquait que cette forêt était encore plus belle en automne  qu’elle devenait rouge comme embrasée par un immense incendie et chose plus incroyable encore il y poussait des champignons… A deux nous arrachions la promesse à mon père de revenir en automne …

Je n’ai jamais vu la forêt d’Hesdin en automne, la faute à tout ou la faute à rien ? Aujourd’hui j’imagine des « Bois rouges » et je les peins. L’automne prochain, c’est sûr, j’irais à Hesdin voir si mes peintures ressemblent à la réalité et voir si il reste encore des arbres « à faire des arcs ».

 

AR








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A
Merci Lionel, le plaisir du peintre est de faire plaisir à ceux qui regardent ses oeuvres, écrire c'est peindre avec des mots pour le plaisir du lecteur. Des émotions et des sensibilités qui ce rencontrent, c'est toujours un moment rare et particulié, un peu comme les éclipses.<br /> Encore merci de votre visite.
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L
Beau tableau et ... trés trés beau texte, félicitations!
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M
bravo ,superbe blog.
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G
Je serai donc l'un des premiers<br /> à venir ici m'exprimer.<br /> Alain nous offre l'occasion<br /> de faire parler du Groupe Bellon.<br /> Lançons nous donc dans l'aventure....<br /> c'est le premier pas le plus dur !!!
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